La Vallespir SkyRace

Publié le par MuMu

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L’ambiance et la météo sont au beau fixe en ce dimanche 26 mai à Amélie les Bains. Aujourd’hui, c’est jour de course. L’arche de départ est placée en plein centre-ville, ça crée une animation particulière pour les curistes, reconnaissables au petit sac bleu qu’ils portent en bandoulière. Nombre d’entre eux s’apprêtent à faire la randonnée organisée par le club. Pour ma part, c’est pour  la Vallespir SkyRace que j’ai fait le déplacement depuis l’Ariège. Une fois que je sais dans quel sens on part et pour ne pas commettre la même erreur que la semaine dernière, je me place dans la première moitié des coureurs, à côté d’un groupe de filles. Le départ est donné au son d’un chant qui fait battre mon coeur. C’est parti pour 22 km. Comme d’habitude, je cherche à me faire mon trou, et m’éloigne rapidement des filles qui jacassent, ainsi que d’un grand gaillard qui court avec les coudes écartés et que j’ai peur de me prendre dans la tête. J’ai à peine fait un kilomètre que l’on me dit que je suis la quatrième féminine. Ca me surprend, mais je ne fais pas de plan sur la comète, pensant que je ne conserverai pas cette place longtemps. Jusqu’au kilomètre 8, je cours avec une autre fille, Pascale. A chaque fois qu’il y a des spectateurs ou des organisateurs sur le parcours, ils l’encouragent fortement. Probablement une pointure du coin ! Nous n’avons pas la même façon de courir, ni la même allure selon les portions, mais on se tient toujours, alternant à plusieurs reprises les 4ème et 5ème places.  On discute un peu, puis dans une descente, elle me fait une démonstration de son talent, me laissant sur place. Quand ça remonte, je réduis l’écart entre nous, puis repasse devant juste avant d’attaquer la montée au col Cerda. On entend déjà les cris, les cloches, les cornes et toutes sortes de sons provenant du Roc Saint-Sauveur ; c’est fabuleux, il y a une ambiance extraordinaire, et je n’ai qu’une hâte : aller voir ça de plus près. Quand je gravis le Sant Salvador, je suis aux anges. Toucher le rocher, passer ces cheminées me procure une sensation que je n’avais pas ressentie depuis longtemps. Les petites ailes aux sandalettes… A ce moment-là, je me dis que cette course est encore plus belle que celle du Canigou et aussi qu’elle est faite pour moi. Et cerise sur le gâteau, perchés sur des rochers, j’ai deux supporters ! C’est super !

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Il y a du monde pour sécuriser les lieux, et même une main courante, que je n’utiliserai pas. Au contact de la corde, je préfère largement celui du rocher… et de la crotte de bique ;-) parce qu’il y en a !!! Chapeau à l’organisation, y’a vraiment rien à redire… Ah si, juste un photographe qui me reproche d’aller trop vite ;-)

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La vue sur le Canigou et sur la côte est superbe, même si j’avoue que je ne m’y attarde guère ; de plus, ayant oublié mon portable, cette fois, je ne perdrai pas de temps à photographier le site !

La descente est glissante, il ne faut pas relâcher son attention. J’en fais une bonne partie avec un monsieur que tout le monde encourage également (décidément !), en l’appelant le « facteur ». Pascale arrive, elle nous double comme une flèche, me donnant au passage quelques conseils techniques pour accélérer encore ma descente. Je trouve ça très fair play ! Une autre fille arrive derrière moi, je ne sais pas d’où elle sort, mais je me dis que si elle est remontée comme ça, c’est qu’elle a un sacré potentiel. Sentant que je le colle un peu trop, le facteur me laisse passer, et du coup, moi, je laisse passer la fille. Ca me fait râler un peu car j’aurais bien aimé conserver ma 5ème place!!!

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Mais bon, la course n’est pas encore finie… et l’espoir pas perdu, car je l’ai toujours en ligne de mire, et quand on se retrouve sur la route, en légère montée, je la rattrape même, en m’étant autorisé une pause boisson, en plus. Je semble donc être plus rapide en montée, et comme on va attaquer un mur pour aller à la chapelle Santa Engracia, je me dis que j’ai toutes mes chances, et dès lors, je ne pense plus qu’à une chose : acquérir dans cette côte une avance suffisante pour qu’elle ne puisse pas me rattraper dans l’ultime descente. Ca se passe exactement comme prévu. Ca grimpe raide, mais mon pas est rapide, tandis que tout le monde sèche. C’est comme la semaine dernière à Cucugnan, un bon petit mur de fin de course qui me permet de me « dégourdir » les jambes. Non, ce n’est pas vrai, j’exagère ! En fait, c’est dur, quand même ! Mais je souffre moins que les autres, visiblement (merci l’Ariège, encore une fois !). A la chapelle, ça n’a pas encore fini de monter, mais c’est du pipi de chat à côté de ce que l’on vient de vivre. Dès que ça s’aplatit, je cours, même si ça devient dur, je l’avoue, et il me tarde quand même d’arriver à la croix à partir de laquelle il n’y a plus que de la descente.

Et quelle descente ! Portée par l’envie irrépressible de terminer 5ème plutôt que 6ème, je m’envole littéralement. Devant moi, un traileur me ralentit, je le double rapidement, imaginant la fille à mes trousses pour me motiver. Mais je le sens collé à mes baskets. Pensant qu’il a repris des forces, je le relaisse passer, mais à nouveau, il me freine. C’est hallucinant, ça ! Du coup, je mets un grand coup d’accélérateur pour repasser et tenter de le distancer un peu car c’est stressant de sentir quelqu’un collé à soi de la sorte. Rien à faire, c’est tout juste s’il ne me marche pas sur les talons. Je comprends alors qu’en fait, il a besoin de quelqu’un pour le stimuler, enfin, je sais pas comment dire, moi. J’accepte l’idée, on discute, il me dit qu’il est super content car il a eu une belle défaillance au km 7 et qu’il ne croyait vraiment pas parvenir à la fin. Je le mène ainsi jusqu’à l’arrivée, on sprinte dans les rues d’Amélie les Bains, il accélère encore, là je lui dis que moi je ne peux pas aller plus vite d’autant plus que je ne sais pas combien de mètres il reste à faire. Je ralentis un peu au niveau du pont, 100 mètres avant l’arche, du coup, il lève le pied pour rester avec moi. On se tape dans la main, et c’est ensemble que nous franchissons la ligne d’arrivée, où on m’annonce que je suis 4ème féminine. Quelle belle surprise ! Je me sens submergée par l’émotion, je contiens difficilement mes larmes, mon compagnon des derniers km, d’autres coureurs et des spectateurs me félicitent, et voyant mon état, pensent que je relâche une forme de pression. Ils ne comprennent pas, évidemment, que c’est un grand moment d’émotion pour moi, que c’est purement affectif. Ce n’est pas seulement un bon moment de course, la joie d’avoir fait un si beau parcours et une belle place, c’est bien plus que ça. C’est LA course qu’il fallait que je fasse, parce que c’est là, à Amélie les Bains, il y a presque 6 ans, que j’ai découvert les Pyrénées. C’est là qu’un beau jour d’Août, après avoir traversé la France de nuit, mon neveu m’a déposée, à la caserne des pompiers, gros sac à dos sur les épaules, pour aller faire le GR10 avec deux inconnus, un papa et sa fille. Le début d’une belle histoire, quelque chose qui m’a liée au Vallespir pour toujours.

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Si au départ, je ne comptais pas faire la course, rapidement, l’idée a fait son chemin. Ne courant que sur des distances d’une vingtaine de km pour des dénivelés allant de 900 à 1100 mètres, mais me sentant capable d’en faire plus, sans toutefois oser la distance, je me suis dit que cette Vallespir Skyrace serait un bon compromis : une distance qui me va bien, avec une dénivelée plus importante. Le profil parfait, en quelques sortes. Et puis, le mot « cheminée » a fait « tilt » dans mon esprit, c’est comme si je recevais un appel. De plus, je connais pas mal le secteur, sauf … le Saint-Sauveur. Quelle merveilleuse occasion de le découvrir !

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Une fois la décision prise de m’engager, j’ai compris que cette course, ça serait aussi bien plus que ça, que c’était le fil d’ une histoire, sa continuité logique ou une partie de celle-ci, et c’est en serrant bien fort ma récompense, sur le podium, presque en pleurs encore une fois, que j’ai réalisé que je bouclais là une boucle, que c’est là que tout avait commencé et que je ne pouvais pas repartir sans emporter un bout de quelque chose, en l’occurrence, un caillou du Roc Saint Sauveur. Ce trail a pris une dimension affective, et le trophée, une dimension symbolique.

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Parenthèse émotionnelle fermée – quoique – j’ajouterai que cette course de montagne fut une belle réussite. Une organisation au top, un parcours superbe, une ambiance chaleureuse, voire même chaude, de jolies récompenses et … un bon buffet.

Un grand merci aux organisateurs et aux bénévoles qui ont contribué au succès et à la réussite de cette première édition, qui laisse présager une belle suite. La météo ayant été de la partie, ça n’en fut que plus génial encore !

En plus de tous ces aspects, j’ai adoré la façon dont s’est déroulée cette course : l’alternance avec Pascale, la fierté de courir avec une féminine qui en a visiblement sous la semelle, toute la montée du Roc, bien sûr, la partie avec le facteur et le final avec ce jeune homme. En fait, y’a pas un moment où je ne me sois pas régalée (sauf sur le bitume, mais ça…), je n’ai même pas eu de fringale comme cela m’était arrivé précédemment, et pourtant, je n’ai rien avalé hormis les biscottes-confiture du petit déj’ ; bref, ce fut une course parfaite, idéale. Ca va être dur de faire ne serait-ce qu’aussi bien après ça. D’ailleurs, c’est pour moi inenvisageable pour le moment.

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